La bergerie de Manue

  • 4 juin 2026

Une histoire de brebis

Emmanuelle,
la bergère bretonne

Bonjour Emmanuelle,

Ici, nous te connaissons sous le nom de La Bergerie de Manue. 

Tu fais partie de nos producteurs locaux du magasin, et nous adorons les produits issus de ton activité de bergère Bretonne à Tréogat.

Yaourts brassés, aromatisés ou nature, fromage frais… c’est toujours un vrai plaisir de savourer ces douceurs au lait de brebis.

Aujourd’hui, nous aimerions en apprendre davantage sur ton activité d’éleveuse de brebis : ton quotidien, ton troupeau, la fabrication de tes produits et la passion qui t’anime au fil des saisons.

Pour mieux comprendre ton parcours, peux-tu nous raconter d’où vient ton amour pour les brebis et comment est née La Bergerie de Manue ?

Je crois que j’ai toujours été attiré par les brebis depuis mon plus jeune âge. Ayant grandi dans le pays bigouden, on était plutôt amené à côtoyer des vaches, des cochons ou des poulets dans les fermes voisines. 

C’est le métier d’infirmière que j’ai exercé pendant 8 ans qui m’a fait voyager et qui m’a amené à travailler dans d’autres régions. 

J’ai rencontré des bergers en Corse, puis dans les Alpes où j’ai habité un bon moment. J’étais fascinée par leur quotidien auprès des animaux dans de grands espaces naturels. Après un an et demi à Mayotte suivi d’un séjour au Népal, j’ai eu besoin de changement. 

Je suis rentrée en Savoie et j’ai suivi une formation pour devenir Bergère en Alpage. 

Ça a été ma porte d’entrée dans le monde agricole. S’en est suivi 5 étés à garder des troupeaux de brebis en montagne. Au moment du COVID la station de ski où je travaillais l’hiver a fermé, je suis alors rentrée en Bretagne. J’y suis restée pour faire un BPREA et obtenir la capacité agricole pour m’installer « juste au cas où ». 

Et puis j’ai rencontré Thierry un agriculteur de Tréogat qui libérait des terrains, dans un petit coin de paradis près de l’étang de Trunvel, avec vue sur les dunes et la mer à même pas deux kilomètres de là. Je me suis dit que si je ne me lançais pas ici, je ne me lancerais jamais. 

Dans la foulée un ancien berger vendait une partie de son troupeau de Manech tête rousse en Vendée. Me voilà donc partie à m’installer l’été 2023 avec seulement 23 brebis, 5ha de prairies en location, et Onyx ma chienne de travail. 

La suite c’est beaucoup de temps et d’énergie investis pour construire « La Bergerie de Manue », avec la chance folle d’être super bien entourée localement et aidée par les amis et la famille : Merci tout le monde !!!

De combien de brebis se compose aujourd’hui ton troupeau ?

J’ai aujourd’hui 50 brebis laitières qui passent à la traite tous les jours de la saison de lactation. Elles sont âgées de 2 à 10 ans pour la doyenne !

Ensuite il y a aussi un lot d’une vingtaine d’Antennaises. Ce sont les jeunes agnelles gardées pour le renouvellement du troupeau. Elles seront mises à la reproduction à l’âge de 18mois. Il y a aussi le lot des agneaux et agnelles nés cette année, et un lot avec les 5 béliers reproducteurs. Ça fait un peu plus de 140 têtes au cœur de la saison.

Le lait de brebis produit dans notre région a-t-il des particularités qui le différencient de celui des régions d’alpages ?

Des différences, probablement oui. Je ne sais pas si quelqu’un a déjà commencé à documenter la flore naturelle du littoral finistérien et son impact sur le lait de brebis pour proposer un nouvel AOP spécifique à la Bretagne… ça serait une bonne idée !

Je vois surtout des points communs entre un système herbager comme le mien, avec pâturage extensif sur des prairies naturelles du Conservatoire du littoral et le pastoralisme que j’ai pu côtoyer dans les Alpes. On a la chance d’avoir ici aussi des prairies fleuries et diversifiées qui proposent autre chose aux brebis que les prairies semées plus classiquement. 

C’est chouette de se dire que les produits ont une identité grâce à la qualité de leur terroir ! Un bon lait fera un bon fromage disait ma formatrice en fromagerie !

Avec les variations climatiques de plus en plus marquées, observes-tu une adaptation de tes animaux ou des changements dans ton métier au quotidien ?

C’est seulement ma troisième année d’installation en Bretagne. Je ne pense pas avoir le recul nécessaire pour observer des changements sur les prairies ou dans ma pratique. 

Les brebis sont des animaux très résilients. Elles continueront à manger et à faire leur vie peu importe les tempêtes ou les pics de chaleurs. 

Par contre la quantité de lait produit baisse fortement par exemple quand il y a des coups de chaud comme dernièrement. 

Il est certain qu’aujourd’hui on fait très attention à la surface pâturée disponible car les sécheresses risquent de devenir monnaie courante à l’avenir.

La texture ou le goût des yaourts évoluent-ils selon les saisons et les périodes de l’année ?

Oui, effectivement. En avril on n’utilisera pas exactement les mêmes paramètres de fabrication qu’en août par exemple. 

En formation on nous apprend que les taux de protéines et les taux de matière grasse augmentent progressivement avec l’avancée de la lactation. 

C’est pourquoi en fin de saison on va se retrouver avec un lait plus riche, plus gourmand, ce qui est observable à la texture plus onctueuse dans mes yaourts brassés à la vanille par exemple, ou visible à l’épaisseur de la couche de crème en surface des yaourts natures ou citrons qui sont en texture ferme. 

Parallèlement, la texture et le goût des produits peuvent également changés d’une semaine à l’autre selon la parcelle d’herbe pâturée ou les conditions météorologiques. On peut vouloir homogénéiser les produits par différents processus techniques, ceci dit je trouve que les petites variations naturelles des produits font partie du charme des productions artisanales et saisonnières et qu’il serait dommage de ne pas se différentier ainsi des plus gros producteurs.

Que devient la laine de tes brebis après la tonte ?

Je dois faire tondre mes brebis de race Manech tête Rousse deux fois par an. Leur laine est dite jarreuse (fibres qui piquent) et n’est pas de qualité recherchée pour la laine vestimentaire. 

Je fais donc suivre localement la laine auprès de maraichers ou arboriculteurs qui s’en servent de paillage pour leurs plantations.

Le lait de brebis possède une image très qualitative : quelles sont, selon toi, ses principales qualités nutritionnelles par rapport au lait de vache ou de chèvre ?

Je pense qu’il y a un effet de mode c’est certain, on entend souvent aussi que le lait de brebis est plus facile à digérer du fait de la taille de ses globules gras, qu’il y a moins d’allergie… 

N’étant ni médecin ni nutritionniste, pour ma part je pense que chaque lait à des qualités différentes qui se complémentent, et qu’il en faut pour tous les goûts!

Je trouve les yaourts et les desserts au lait de brebis délicieux, j’adore les fromages frais de chèvres et mon fromage à pâte pressée préférée c’est le Beaufort.

Aujourd’hui, tu proposes yaourts, fromages frais et tommes affinées… As-tu déjà de nouveaux projets ou de futures créations en tête pour la suite ?

Par gourmandise, je fais des tests cette année pour des crèmes desserts au chocolat  !

Côté Fromages, les premières séries de test d’un fromage type Saint-Nectaire sont également parties à l’affinage cette semaine.

A suivre ! 

 

Post a Comment